''Il est un peu impressionnant, pour un terrien de parler devant un groupe de marins d’un sujet relatif à leur domaine de compétence… Mais pourquoi pas ? D’autant plus que Claude Gondard, qui a illustré notre livre avec talent, est un expert en la matière : il a été du corps du GM, il a été en poste à Brest, il a dessiné et gravé des navires pour des médailles. Et son influence sur la structure de mon livre a été telle qu’il a réussi subrepticement à me convaincre de mettre des X « du secteur maritime » partout. Ce qui vous vaut des portraits de Dupuy de Lôme, Tupinier, Bertin et bien d’autres…
Mais ces noms glorieux ne représentent évidemment qu’une fraction des « X de la mer ». Dans notre galerie des portraits, comme dans ma présentation de ce soir, je voudrais insister sur ce fait : Quand Dominique m’a parlé de vous présenter certains portraits de polytechniciens « marins » ou reliés à la mer, en m’inspirant de mon récent livre, j’ai accepté avec plaisir, mais je me suis vite aperçu qu’il convenait tout de suite vous préciser que la collectivité dont je vais parler correspond à un ensemble un peu flou, et que dans cet ensemble flou je suis amené, faute de temps ou plutôt par plaisir, à effectuer une sélection tout à fait personnelle.
Cette sélection est déjà un peu biaisée par une optique « grand angle » couvrant effectivement 2220 années de polytechniciens, en privilégiant les Anciens dont il est plus facile de faire le portrait et mesurer l’influence ; si cette optique « grand angle » avait plutôt concerné les domaines dans lesquels nos camarades contemporains sont actifs pour créer, et gérer, -ces domaines dont parlent par exemple les dossiers que vous préparez pour la JR- la liste des vedettes dont je vais parler aurait été différente

IMG_3493.JPG A propos de liste
-La fiche que je vous distribue ici illustre, de manière rapide, cette approche. Avec Claude, nous aurons des occasions de revenir sur les X ici rassemblés ; les données chronologiques, comme les promotions et même l’orthographe des noms correspondent au registre de la bibliothèque de l’X, établi à partir du registre matricule que l’Ecole tient depuis 1794. Je plaide donc non coupable pour la façon d’écrire le nom de Dupuy de Lôme comme sur le raccourcissement sémantique de précaution qu’a voulu de Clermont-Tonnerre en passant son concours.

  • Deux exemples, importants, car ils permettent de partir à la pêche aux X dans des encyclopédies non polytechniciennes. J’ai eu l’occasion de connaître Etienne Taillemite,… (académie de marine, conférences, etc…) : Etienne Taillemite et son dictionnaire des marins français. Déjà signalé pour le Sabix 35 : il nous a donné des études bien utiles sur Monge, Bougainville Junior, Rigault de Genouilly.
  • Et j’ai toujours aimé lire les livres de découvertes, voyages extraordinaires, odyssées ou anabases. Aussi les dictionnaires de Numa Broc, quatre gros volumes consacrés aux explorateurs français du XIXème ont été un de mes lectures heureuses, car pleines de surprises, dans laquelle on voit apparaître des X improbables mais réels, dont beaucoup évidemment ont sillonné les océans ou se sont perdus en mer : un Marceau (X 1824), c’est vraiment un de nos camarades à la fois terriblement actuel, et impossible à inventer, même par Jules Verne.

Qu’est un X marin ? Ou un X du secteur maritime ?
On peut s’appuyer sur les catégories du livre du centenaire : tome 2 ; p 161. Edité en 1894 ! Un monument hagiographique. On passe en revue le génie maritime (un texte de Dislère), des biographies de GM (Tupinier, Dupin, Dupuy de Lôme), puis les ingénieurs hydrographes de la marine (comme Darondeau), les officiers de vaisseau (avec des notices détaillées sur Rigault, Courbet, et Doudard de Lagrée), le commissariat de la marine, puis l’artillerie de marine (alors très active avec les guerres coloniales).
Ces catégories sont précises en apparence, mais les parcours des X ont pu se ressembler, ou s’infléchir vers d’autres domaines, nous savons tous que les X entrés dans un corps peuvent en sortir et qu’il n’y a par ailleurs pas besoin d’appartenir à un corps pour faire une carrière, parfois très belle, dans le domaine confié à ce corps par la puissance publique. La mer a donc aussi été « prise en charge » par des X d’autres corps, comme les géographes et évidemment côtoyer, dans le vrai sens du terme, toutes sortes d’activités comme des phares ou des ports, et bientôt des barrages à usine marémotrice ou les éoliennes de mer.
Parler des X face à la mer en 2015 conduit à dépasser de beaucoup les catégories d’un livre édité en 1895 et construit à partir des corps d’état ou d’armes. Le pétrole, la pêche, la navigation de plaisance, etc… et dans tous ces domaines la recherche scientifique ou les lieux de culture scientifique. Point commun : la mer, évidemment, avec son contexte spécifique et son cortège d’aventures possibles. Avec des caractéristiques de commandement ou de techniques,
Pour le commandement, c’est évidemment tout au long de la carrière d’un marin ou apparenté (selon mon approche) que les X ont l’occasion de le prendre en charge, navire ou flotte, ou arsenal, certains devenant même ministres chargés de la marine comme le furent, après Monge notre père fondateur, Arago ou Rigault de Genouilly dans le genre glorieux ou dans le genre tragique Protopapadakis que j’ai oublié de placer sur ma liste mais auquel j’ai réservé une page dans mon livre.
Pour les technologies, leur champ s’est peu à peu étendu, je me répète. Partant de certaines spécialités : mécanique, énergie, localisation, … S’élargissant sans cesse : chimie, biologie, informatique évidemment.
Donc, certes, la rigueur souvent inventive du technicien, mais aussi très souvent, sinon toujours le parfum de l’aventure. Cela conduit à des parcours d’explorateur (parfois en compétition) ou de collectionneur, à des situations de héros solitaire ou rebelle, à des élans vers le grand large qui peuvent mener à la méditation religieuse.
L’aventure. Comme chez Jules Verne (qui a placé beaucoup d’X dans ses livres), Joseph Conrad, Robert Stevenson ou Patrick O’Brian, l’inventeur de Jack Aubrey. Doudard de Lagrée, Dolisie ou Stosskopf auraient pu être des personnages de leurs romans.
L’aventure : guerre et conflits (entre puissances de l’époque : Crimée) ou pour colonisation. Avec un parfum bien particulier quand la question se pose, de rester sous les ordres d’un gouvernement qu’on juge illégitime ou de devenir pour quelque temps un rebelle (Schlumberger). Mais aussi espionnage industriel (Marestier) ou appui technique (les missions au Japon) et « reconnaissance » du monde (la formule a encore un sens en 1794, La Pérouse n’est pas revenu quand Louis XVI est exécuté, et les cinq X de l’expédition Baudin de 1800 contribuent avec entrain à la cartographie de la Nouvelle-Hollande). Cette reconnaissance se fait découverte de côtes, terres, peuplades, faune et flore,… Et la reconnaissance de ces reconnaissances, c’est souvent un nom, votre nom, donné à un cap, à un pic, à une péninsule.
Les terrains d’aventures pour les X ont été multiples : Pacifique (Australie, îles), grand Nord (Bravais) et grand Sud (Roquemaurel et Vincendon-Dumoulin), Chine ou Indochine (Rigault de Genouilly, Courbet, Doudart), Japon, Afrique mais aussi Méditerranée (Grèce), Crimée ou les côtes américaines. Mais si « la géographie, cela a servi d’abord à faire la guerre » (Lacoste), elle contribue aussi à dessiner des territoires en paix, aménageant les côtes, édifiant des phares (Fresnel est un très drand polytechnicien « du secteur maritime »), les ports (par exemple Guillain à Dunkerque), les arsenaux (Verny, Stoskopff), le canal de Suez (Voisin-Bey) ou de Panama (Bunau-Varilla) ou de Corinthe (Protopapadakis). Je cite ici des X que les « vrais » marins de l’assistance accepteront, j’espère, sans difficultés, parmi eux ou auprès d’eux. Ce n’est pas vexant de les avoir à ses côtés.
Le métier de marin, ou d’aménageur de la mer et de ses ressources, a aussi des prolongements logiques propices aux talents polytechniciens, comme l’organisation de solidarités humanitaires : outre le fait que toutes les activités des fonctionnaires civils ou militaires ont cette dimension, je veux ici aussi citer la création de la Société des secours en mer, et rappeler que certains X marins ont vécu la tentation ou plutôt la vocation religieuse, peut-être inspirée par les grands espaces et la contemplation des mondes… Clerc, Marceau, de Broglie.
Il est désormais temps que je vous parle de quelques camarades. Comme je suis prêt à parier que vous en connaissez beaucoup, et en général bien mieux que moi (disons pour simplifier que j’ai de la mer une connaissance bien plus livresque qu’expérimentale), je me suis appuyé sur mon livre (cette approche me sera pardonnée puisqu’elle avait été annoncée) en vous proposant, pour chacun de mes personnages, des angles d’approche qui m’ont semblé dignes d’être signalés

S’il faut choisir, qui ?

  • Arago. Arago, Dominique François Jean (X 1803 ; 1786-1853). Aventures en Méditerranée avec Biot et les Barbaresques, et à Alger. Comme astronome, le GPS d’autrefois. Comme ministre de la marine et des colonies, (ce qu’était aussi Monge en 1793) décret d’abolition de l’esclavage : un motif de gloire évident.
  • Bertin, Louis Émile (X 1858 ; 1840-1924) La grande vedette des constructions navales, caissons. Repéré par les Japonais, embauché. A aimé ce pays. A collectionné des netsukés. Un succès technique et managérial important, trop ? Le Japon, maître sur ses mers.
  • Bougainville, Hyacinthe Yves Philippe Potentien (X 1799 ; 1781-1846). Fils de son père, mais navigateur hors pair. Avec Baudin (en Nouvelle-Hollande, 1800 à 1804), puis seul en tour du monde. Un »cas », un marin oublié pour cause d’homonymie…avec Papa, jamais au premier plan, et pourtant quelle figure ! Un des découvreurs de l’Australie

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  • Boullanger, Charles Pierre (X 1794 ; 1772-1813) , courte et brillante carrière commencée avec Baudin et Bougainville junior en Australie –inventeur de côtes, îles, souris marsupiale !
  • De Broglie. Auguste Théodore Paul de (X 1853 ; 1834-1895). Encore un marin poussé à la vocation de la prêtrise à la vue des missions dans le Pacifique. Patronages, aumônerie, antipositiviste. Assassiné par une « folle »
  • Bravais, Auguste (X 1829 ; 1811-1863). Un marin alpiniste, un physicien botaniste, un savant épris de terres lointaines prouvant par l’exemple que le terme de « découverte » peut s’appliquer à des domaines bien variés, les îles lointaines comme les lois de la cristallographie. Avec un destin glorieux puis de souffrance
  • Clerc, Alexis (X 1839 ; 1819-1871). Marin, puis jésuite, professeur à Ginette, otage de la Commune, exécuté à la Roquette. Un parcours qui commence par un tour du monde, continue par des campagnes maritimes et des rencontres « missionnaires » dans les îles du Pacifique, puis Indret…mais, de plus en plus converti, il bifurque vers la prêtrise et vers l’enseignement. L’X marin découvreur devient l’X professeur…et bientôt le marin plutôt bon vivant termine sa vie en martyr. Les vies parallèles de Rossel et Clerc (dessin)
  • Clermont, Aimé Marie Gaspard de (X 1799 ; 1779-1865) Royaliste, entré à l’X en passant son nom (de Clermont-Tonnerre) avec particule et tiret à la tronçonneuse, va servir Napoléon et son frère Joseph avec l’accord des Bourbons, va construire une carrière de grand ministre de la marine sous la Restauration, soutient Tupinier et les « explorations françaises », mais légitimiste obstiné refuse les Orléans et se retire pour traduire… Isocrate ! Une autre forme de sacrifice, très orgueilleux pour le coup !
  • Courbet, Amédée Anatole Prosper (X 1847 ; 1827-1885). Un des élèves qui firent les barricades en 1848, avec Freycinet ; mais le jeune frondeur va faire une carrière de marin exemplaire, selon les critères de l’époque : voyages de géographie puis de batailles, de conquêtes, de colonisation. Un des créateurs de l’Indochine française, avec la prise de Tourane, mais aussi un adversaire de la Chine, avec des succès comme l’occupation de Formose (où il commandera à Joffre), un traité de paix, une mort de chevalier à bord du Bayard.
  • Darondeau, Benoît Henri (X 1824 ; 1805-1869). Un des hydrographes, représentant d’un ensemble plein de personnages qui ont laissé leurs noms sur des cartes, des comptes-rendus de voyages, des caps et des péninsules. Le livre relatif au voyage de la Bonite, un superbe spécimen de l’édition des voyages, on le trouve à l’X. Darondeau passera du stade d’ingénieur-élève à celui de responsable du service, s’installant dans le bureau de Beautemps-Beaupré. L’article de Chapuis
  • Dislère, Paul (X 1859 ; 1840-1928).GM, patron de l’arsenal de Saïgon, fonctionnaire du Conseil d’Etat, coauteur du Livre du Centenaire, essayiste sur les colonies
  • Dolisie, Louis Henri Albert (X 1879 ; 1856-1899). Alsacien. Artillerie de marine. Et puis marin de pirogue…Démissionnaire ? Attraction de l’Afrique, des idéaux de Savorgnan de Brazza. L’Aventure, avec son cortège d’anthropophages, d’hippopotames, de maladies tropicales, de traités avec échange du sang. La Responsabilité. La Vision (lutter contre l’esclavage). La concurrence avec Stanley. Problèmes des compromis, problème des suites. La ville de Dolisie. Décès prématuré.
  • Doudard de Lagrée, Ernest Marc Louis de Gonzague (X 1842 ; 1823-1868)

Une carrière marine de haut vol : Grèce, Crimée. Le sauvetage de troupes malades du choléra en Mer Noire. Sang-froid. L’attraction pour les arts (Grèce, Angkor) Et puis un parcours à la Stevenson ou à la Conrad. L’action de prise de pouvoir (Cambodge, protectorat). Le partage des responsabilités avec Garnier. Le Mékong, les objectifs de l’expédition. Angkor, Mouhot et sa tombe. Difficultés, mort. Le transfert grand-guignolesque du cadavre, le rapatriement en France...sur un navire portant son nom. L’occasion de rappeler combien de navires portent des noms liés à l’X, à commencer par Monge

  • Doyère, Charles (X 1878 ; 1858-1929). Encore un GM appelé à diriger un arsenal lointain, en Chine, avant de revenir en France pour construire des bateaux, enseigner, administrer. La singularité de Doyère, pour moi, tient moins à ses ouvrages savants de construction navale que dans ses relations avec le consul de France à Fou-Tchéou, le diplomate et écrivain Paul Claudel dont le passage à ce poste fut marqué par la présence de la belle Rosalie, ou Rosie. Dans les comptes-rendus de Claudel, on trouve des appréciations sur Doyère. Mais rien sur Rosie, ni sur son mari complaisant cherchant à tirer parti de sa position de cocu de boulevard, la fille que Claudel fit à cette époque à Rosie, et encore moins sur les textes de poésie et théâtre, comme le Partage de midi, où Rosie devient Ysé
  • Dupuy-Delôme, Stanislas Charles Henri Laurent (X 1835 ; 1816-1885) Un GM typique. Missions en UK, attrait pour les bâtiments en fer mus par hélice. Le Napoléon, important en Crimée. Navires de guerre blindés. Action au siège de Paris. L’inclination du politique. Avec son gendre Zédé, aide Jules Verne : attirance pour le futur, et pour « enchanter la science »

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  • Estienne d’Orves, Henri Louis Honoré d’ (X 1921 ; 1901-1941) Un officier surtout connu pour ses actions de résistance. Pas le même de type de responsabilités que les officiers de Mers-el-Kebir ou de Toulon. Importance politique d’un aristocrate résistant. Un retour à Londres chaotique, une responsabilité au BCRA. Mission Nemrod, de courte durée. Longs procès (pas l’exécution sommaire comme plus tard dans la guerre) Une sorte de respect mutuel avec ses juges. L’abbé Stock, figure du « bon Allemand ». Importance du sentiment religieux
  • Fresnel, Augustin Jean (X 1804 ; 1788-1827) On peut parler de sa fratrie, mais on doit surtout évoquer sa passion pour la physique, sa capacité à associer la théorie et la pratique (lentille de Fresnel) comme à s’intégrer dans un système efficace (commission des phares, avec Reynaud ; remplacé à sa mort précoce par son frère)
  • Julien , Félix Honoré Sauveur (X 1842 ; 1824-1890). Un marin, mais passionné par l’écriture et désireux de raconter. Mémorialiste et biographe. L’ami, le correspondant, le biographe pour Doudart, puis pour Marceau.
  • Laubeuf, Alfred Maxime (X 1883 ; 1864-1939) Sous-marin. Ou « submersible » Passage vers le privé pour développer son idée.
  • Marceau, Auguste (X 1824 ; 1806-1851). D’une famille marquée par le fait militaire, car neveu du célèbre général révolutionnaire qui recevait un galon de plus à chaque bataille gagnée. Le neveu est aussi un guerrier valeureux de culture saint-simonienne (comme son cocon Lamoricière) qui devient un religieux humble et presque érémitique. En passant par la case « Arche d’alliance », bateau de commerce et de soutien aux missionnaires du Pacifique
  • Marestier, Jean Baptiste (X 1799 ; 1781-1832) Un beau livre, témoignant d’une mission « de productivité » aux USA sur les navires à vapeur
  • Mortenol, Sosthène Héliodore Camille (X 1880 ; 1859-1930). On peut mettre l’accent sur sa négritude… à condition de bien utiliser un vocabulaire qui ne soit pas contestable, ni en 1880, ni en 2015. Mais ce Guadeloupéen, célébré et contesté en son île, mérite bien plus d’attention
  • Page, Théogène François (X 1825 ; 1807-1867) Un nageur de compétition, un explorateur, un combattant, un homme de (mauvais) caractère, et surtout un grand marin
  • Périnon, François Auguste (X 1832 ; 1812-1861) Un artilleur de marine, qui a combattu. Mais ce métis de Martinique a surtout joué un rôle dans l’abolition de l’esclavage en 1848, avec Arago et Schoelcher.
  • Reynaud, F. Léonce (X 1821 ; 1803-1880). Architecte, constructeur d’un phare qui a compté, et grand maître de la carte des phares française. Guigueno a analysé ce système polytechnique efficace car basé sur le service, la technologie et la décision plurielle
  • Rigault de Genouilly, Charles (X 1825 ; 1807-1873).Un marin, qui sut faire ses classes (parfois avec des difficultés) Grand amiral, conquérant de Saïgon (sa statue figurait sur les timbres de l’Indochine française), ministre,…tout pour être fier de lui, il l’était. Mais, en plus, il a créé la Société de sauvetage en mer en utilisant son entregent (Napoléon III et Eugénie) L’histoire de la Sémillante

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  • Roquemaurel-Lordat, Frédéric Jules Christian de (X 1823 ; 1805-1878). Méconnu. Une carrière à l’ombre de Dumont d’Urville pour l’expédition en Antarctique (mais un compagnonnage difficile et énervé) Puis une expédition sous sa responsabilité. Une passion pour la collection d’objets et livres ethnologiques qu’il donnera au musée de Toulouse
  • Schlumberger, Étienne Maurice (X 1936 ; 1915-2014). Un Compagnon de la Libération. GM devenu officier commandant de navires après avoir rallié Londres dès le 19 juin. Combat pendant toute la guerre dans diverses missions. Passage mouvementé en Indochine après la guerre, passage dans le privé (Shell), tour du monde en voilier.
  • Sebert, Hippolyte (X 1858 ; 1839-1930). Artilleur de marine, voyageur botaniste (collections données à Compiègne), défenseur de Paris en 1870, scientifique. Actif pour défendre Dreyfus comme expert à Rennes.
  • Stosskopf, Jacques Camille Louis (X 1920S ; 1898-1944). Un GM d’origine alsacienne. Une vie terminée dans le sacrifice dans le rôle du collaborateur membre du réseau Alliance. Assassiné au Struthof
  • Tupinier, Jean Marguerite (X 1794 ; 1779-1850) une carrière qui s’est déroulée sous divers régimes, toujours au service de la marine. En mission (camp de Boulogne, arsenal de Venise : quel veinard !)) mais surtout à Paris pour organiser ports, construction de navires, envoi d’expéditions. Un insubmersible. Ses mémoires édités lors du bicentenaire par les X GM. Un « gouvernementaliste »
  • Verny, François Léonce (X 1856 ; 1837-1908). Encore un grand X au Japon. Il y a 150 ans…Il vient d’être fêté dans un cadre franco-japonais. Un jeune GM qui fait ses premières armes à Brest puis en Chine avant d’être nommé responsable de la mise en fonctionnement, de l’agrandissement et de la gestion d’un arsenal au Japon. Un parc ours passionnant en termes techniques, managériaux, culturels…et politiques, à l’époque de la prise de pouvoir par l’empereur Meiji. Une aventure d’initiation vécue en famille, avec une rare force de caractère
  • Vincendon-Dumoulin, Clément Adrien (X 1831 ; 1811-1858). L’hydrographe de Dumont d’Urville
  • Voisin (X 1838 ; 1821-1918) Avec Bunau (X 1878, Panama), et Protopapadakis ( X grec 1881, Corinthe)un représentant des perceurs de canaux (ici, Suez)
  • Willm (X 1945) Du sous-marin à la plateforme Pentagone, de l’exploration scientifique des grands fonds au pétrole off-shore
  • Zédé, Gustave Alexandre (X 1843 ; 1825-1908) Dans la lignée de Laubeuf

Conclusion. En fonction du type de domaine et de fonction. Pour les X, continuité dans le domaine du GM et surtout de l’aménagement côtier, diminution dans le domaine de la marine, augmentation dans le domaine non militaire de l’exploitation des océans. Et toujours, la dominante scientifique. Donc, dans la devise de l’X, « Pour la patrie, les sciences et la gloire », la dimension nationale n’est plus essentiellement focalisée sur le combat, la défense, la conquête, mais elle reste évidemment vivace même si elle prend des formes tenant compte du nouveau contexte international ou de la primauté (provisoire ou installée) de l’économie multinationaliste.
Pour les sciences : évidence. Quand on lit, en vitesse mais surtout en détail, les travaux à objectif « mer » que l’on trouve dans les numéros spéciaux de la JR, on ne peut que remarquer la haute quantité et qualité de sciences et de technologie intégrées dans ce qu’étudient et réalisent les X dans ce domaine. Je peux illustrer cela par des remarques personnelles, que connaissent bien mieux que moi certains d’entre vous. Aujourd’hui comme hier. Le CEPM et son programme, Giraud, Willm (sous-marin et pentagone). Coflexip, avec nécessité de connaissances aussi bien en positionnement de navires de pose, en mouvement pendulaires des flexibles, en chimie des plastiques… La géophysique, toujours en pointe dans le traitement du signal et donc l’informatique.
Et la gloire ? Comme c’est difficile d’en parler, on a toujours peur de verser dans le grandiloquent hors sujet. Voici les dernières lignes de mon livre La gloire, est-ce aujourd’hui le fait de figurer à la Une des journaux ? De détenir un nombre record de citations dans les banques de données ? De faire l’objet d’une reconnaissance publique avec ses traductions habituelles, nécrologies laudatives et même un timbre-poste à son effigie ? La gloire se traduit d’abord par une certaine cohérence dans la conduite de sa vie et des valeurs qu’on affiche, par une continuité entre la volonté déclarée, la trajectoire choisie, le but atteint.
Le terme de gloire ne s’utilise pas seulement en théologie, en histoire ou en poésie. En physique il définit aussi un phénomène optique, la constitution de plusieurs anneaux colorés que l’on observe parfois sur un nuage ou sur du brouillard. La météorologie se rapproche ici, par son vocabulaire, des beaux-arts : il arrive aux peintres de représenter ainsi des auréoles ou des nimbes. Cette « gloire » relie la réalité de l’explication physique, définissable par les lois de l’optique, à l’évidence d’une perception. Elle intègre la trace que laisse un parcours individuel dans une multitude d’autres traces, construisant et symbolisant la vérité d’une communauté.
« Telle est l’École Polytechnique, une réussite éclatante et illogique »
Tous pour la gloire et la gloire pour tous, cinquante mille X déjà et le reste avenir. ''